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PARIS – BREST – PARIS 2019
Patrick Philippe - 18 août 2019

Ma préparation

Deux ans de préparation avec un programme affiné l’année du PBP.
En 2018, l’année avant le PBP a été une reprise des longues distances et un démarrage des entrainements avec un programme spécifique afin de monter en puissance pour le BRM 600 de Flins au mois de juin. Une reprise, car en 2017, je m’étais arrêté de pédaler environ 6 mois à la suite d’une chute. Mon point de départ et de référence a commencé au mois d’août 2017 afin d’avoir une analyse de ma préparation sur 12 mois roulants et de l’année en cours.
Pour 2018, j’avais prévu 4 phases de préparation avec un travail foncier préparatoire (accumuler des km) entre août 2017 et décembre de la même année.

Préparations dans les Pyrénées en 2017 et 2018 (août)

1) Préparation hivernale (2017-2018) à la piste de St Quentin-en-Yvelines comprenant des séances de vitesse, de l’intervalle-training ainsi que de la distance (105 km à 42.5 de moyenne).
2) Reprise de la route début mars pour la préparation du premier BRM 200 à Rouen fin mars et du BRM 300 de Flins à mi-avril. Les séances de piste étaient toujours au programme.
3) Une fois les kilomètres accumulés, j’ai travaillé le rythme sur la route pour le BRM 400 de Flins (moyenne réalisée = 30km/h).
4) La dernière phase me permettait de savoir si mon programme tenait la route en le concluant avec le BRM 600 de Flins. Un beau souvenir, je retrouvais au départ 2 copains de la piste. Nous avons réalisé à 5 les 600 km avec une moyenne supérieure à 30km/h et avec très peu d’arrêts.

Ensuite, j’ai fait une coupure de deux semaines en reprenant progressivement le vélo. Le but était de remettre le compteur à zéro en août, un an avant le BPB. Le compte à rebours allait commencer. J’avais réalisé 6300 km de janvier à fin juillet 2018.
Août 2018 – Aout 2019
Démarrage de la seconde partie du programme d’entrainement du PBP un an avant l’ultime épreuve.
1) Pré-programme :
- de gym, musculation avant et pendant l’hiver
- d’un calendrier foncier de fin saison
- de travail des seuils et de la PMA (pour repousser les limites)
- pour gagner de la vélocité sur route
- pour optimiser le coup de pédale sur route
- de séances de piste à St Quentin
- de préparation mentale toute l’année (yoga et méditation)
2) Calendrier des qualifs du PBP (200, 300, 400 et 600km) et des longues sorties (volume)
- faire un 200 km en février en solo avec 1500 m de dénivelé + à une moyenne approchant le 30km/h
- faire 3 BRM 200 au mois de mars
- faire 2 BRM 300 la première quinzaine d’avril
- faire 2 BRM 400 en mai avec un WE de ‘’récup’’ entre les deux épreuves.
- faire 2 BRM 600 en juin sans WE de récup
3) Programme pour juillet (autour de 1300 km)
- de sprints ‘’intervalle-training’’, accélérations pendant les premières semaines de juillet
- deux sorties longues (170 et 220 km) avec du dénivelé +
- des sorties courtes mais rapides pour fin juillet
4) la dernière ‘’étape’’ au mois d’août avant le départ du PBP (500 à 600 km avant le départ)
- faire du ‘’jus’’
- quelques sorties courtes inférieures à 80 km mais rapides
- une sortie de 130km environ
- pour peaufiner ma préparation mentale, j’avais prévu de relire juste avant le PBP le livre de Mike Horn – L’ANTACTIQUE, LE REVE D’UNE VIE.
- j’essaie de décaler mes horaires de sommeil quinze jours avant le PBP afin de mieux appréhender la première nuit sur le vélo et je finis par me coucher vers 2 heures – 2 heures 30 du matin.
- préparation du vélo et des équipements
- préparation de la logistique
Je ne mentionne pas la partie diététique qui va de soi dans ce type de préparation.
Maintenant, tout est prêt et le verdict tombera dans quelques jours si le choix de cette préparation a été la bonne.
Mon objectif est de faire le PBP autour des 50 heures suivant la météo, les aléas de ce type d’épreuve et de ne pas dormir.
J’arrive en pleine forme pour le PBP avec environ 10 000 km depuis janvier et un bon 15 000 km sur 12 mois
Didier, mon frère, et ma belle-sœur Emilie, m’accompagneront dans cette aventure, ils me seront d’une aide précieuse tout au long du parcours.

J moins 1

Le samedi, c’est le contrôle des vélos au parc du château de Rambouillet. Un sacré bazar ! Il y a une queue à n’en plus finir et il pleut de grosses gouttes. Après plus de 2 heures d’attente, j’ai enfin récupéré mes plaques et la puce qui pourra donner ma position tout au long du parcours.

Contrôle des vélos le samedi – Attente sous la pluie dans le parc du château de Rambouillet

Jour J, c’est le départ du PBP :

Je suis inscrit dans la première vague de 16 heures. J’arrive à Rambouillet vers 15 heures afin de me préparer tranquillement et de trouver le sas de ma vague sans stress. C’est impressionnant, il y a des vélos partout (6673 participants de 66 nationalités différentes) dans le parc du château. J’ai l’impression que tout le monde cherche quelqu’un, quelque chose, ce n’est pas facile car les informations manquent.
Je rejoins le sas de ma vague vers 15h40 et je me retrouve rapidement en première ligne. Cela me permet de discuter pendant une vingtaine de minutes avec des journalistes du monde entier en attendant le départ. Le speaker officiel nous annonce du haut du podium qu’il y aura un départ lancé. Les voitures et les motards nous bloqueront la vitesse à 35 km/h jusqu’à St Léger, il sera interdit de les dépasser.


Départ dans le parc du château de Rambouillet


C’est parti !! La sortie du parc du château de Rambouillet

La voiture et les motos officielles ont du mal à contenir le peloton qui cherche à libérer cette pression qui s’était accumulée depuis plusieurs jours. Une fois St Leger passé, un bras sort de la fenêtre de la voiture pour nous informer que nous sommes libres...

Un coucou à la famille au rond-point de St Leger juste avant le départ réel du PBP.

Le départ réel est donné, j’ai l’impression de me retrouver au départ d’une course de cyclo-cross, ça part à bloc. Nous sommes à 45 – 50 km/h, c’est incroyable ! A Condé sur Vesgre, mon compteur affiche une moyenne de 41 km/h.
Un petit coucou rapide aux collègues du club qui se sont regroupés avec la banderole UVO dans le virage à la sortie du village de Condé pour nous souhaiter une bonne route, un moment d’émotion et de frisson. Je suis le premier de l’UVO à partir, ensuite il y aura vers 17 heures le Tandem piloté par Stéphane et Valérie et vers 20 heures Jean-Louis et Vincent. Nous sommes 5 engagés de l’UVO dans cette aventure.
Ah le chiffre Cinq ! Je repense à 2015 lors de la soirée club où Vincent nous avait présenté sa théorie de la quadrature du PBP qui s’impose inexorablement depuis plusieurs années à l’UVO. Cette légende, va-t-elle se perpétuer ? Comme je ne suis pas superstitieux, je n’y crois pas. C’est incroyable si les scientifiques se mettent à croire à cette ‘’fiction’’ de la quadrature.
Mais je crois savoir que Vincent est un fidèle lecteur de Marc Levy ?

Les encouragements de l’UVO à la sortie de Condé sur Vesgre

Rambouillet ➜ Villaines-la-Juhel (217km) - 32.5 km/h de moyenne - Dimanche ➜1ere étape (Mortagne-au-Perche) et 2ème étape avec le 1er contrôle

A Mortagne-au-Perche il n’y a pas de contrôle, mais j’ai prévu le premier ravito. J’arrive sur la place vers 19h30 comme l’indique le roadbook. La moyenne est respectée.
Le déroulement de cette étape est très nerveux. Il y a des attaques à répétition. Les italiens lancent des échappées régulièrement et partent chacun à leur tour comme sur une course de 100 km. Je décide de rester dans les 20 – 30 premiers du paquet pour éviter les chutes ou autres incidents.
Les spectateurs venus nous encourager sont nombreux sur le bord de la route. Nous aurons des acclamations tout le long de l’épreuve et même la nuit. C’est vraiment la fête du vélo ce PBP.
Connaissant la côte de Longny-au-Perche, je m’étais dit que les choses sérieuses commenceraient à partir de là et je l’attends avec impatience. Donc, je me place dans les 10 premiers au pied de la bosse afin de ne pas subir les accélérations ou les cafouillages de certains lors des changements de vitesses.
Effectivement, les choses sérieuses commencent en haut de la côte de Longny. Les italiens accélèrent et provoquent des cassures dans le peloton. Nous sommes environ 35 à 40 dans le premier groupe.

Impeccable ! Je change mes bidons, je prends de la nourriture et repars rapidement.
Après le ravito, nous nous retrouvons autour de 60 dans le peloton. Le rythme est bien soutenu, nous sommes souvent au-dessus de 35km/h avec beaucoup moins d’accélérations. Après Mortagne, nous enclenchons nos éclairages et nous nous préparons à passer la nuit à faire la fête sur le vélo. Je suis complétement dans ma bulle, présent, attentif, bien à l’écoute de tout ce qui m’entoure et profondément concentré.
Nous arrivons rapidement à Villaines-la-Juhel, le premier contrôle.
C’est l’heure de vérité par rapport à notre organisation. Je trouve rapidement Emilie qui m’indique où se trouve Didier. Et merde ! Il est avant le pointage, impossible de m’arrêter. En passant devant lui sur le bord de la route, je lui demande de s’avancer. Je pose ma machine dans le parking à vélo à l’endroit dédié (obligatoire) et nous courons tous vers le lieu de pointage. Nous devons faire une boucle, monter les escaliers pour pointer et ensuite descendre une autre série d’escaliers pour aller vers le parking à vélos. La galère !
En descendant les escaliers, je cherche Didier, je ne le vois pas, panique à bord car les autres partent déjà. Je regarde partout. Ah ! Je vois Emilie qui m’informe que Didier est bloqué, il n’a pas le droit d’avancer. Ils sont arrivés trop tard au point de contrôle, ce n’est pas facile car ils ont un parcours différent du nôtre. Nous sommes arrivés pratiquement en même temps à Villaines. Donc, je prends mon vélo et je vais à contresens pour récupérer de quoi manger pour une partie de la nuit.
Je repars seul vers Fougères et là, je me dis : « je suis dans une galère ». Je roule à 40 – 42 km/h pour essayer de récupérer un groupe, mais je ne vois rien devant moi, la nuit est profonde et il y a beaucoup de virages. Après 5 km, je distingue des lumières au loin, la chasse commence. Je mets une dizaine de km pour récupérer le groupe de tête. Je fais un rapide bilan, il faut que je fasse redescendre mon cardio en pratiquant la respiration rythmique, je dois m’alimenter et rester à l’abri pour me refaire la cerise. Après quelques km bien au chaud dans le peloton, les pulses sont au plus bas et les jambes répondent bien.

Villaines-la-Juhel ➜ Fougères (89 km) Lundi 2 heures du matin ➜ 3ème étape

Une fois dans le groupe de tête, le rythme reste régulier pendant quelques temps, mais les italiens remettent des mines. C’est incroyable, ils ne vont jamais aller au bout. Finalement, nous laissons partir un italien tout seul, c’est Andreas.
Je pense et j’espère que le prochain contrôle sera un peu moins sportif que le premier. Les derniers kilomètres ressemblent à un critérium. Je me place dans les premiers pour ne pas avoir à ‘’courir’’ au contrôle.
Je vois Emilie qui m’indique que Didier est au parking où doivent se trouver les vélos. Je pose mon vélo et je pars en courant pointer mon carnet de route. En passant devant Didier, je l’informe que je prendrai de la nourriture et mes gants après le pointage.
Surprise ! Lorsque je ressors du bâtiment, je vois déjà des cyclos qui repartent.
Le temps de reprendre mon vélo et d’aller retrouver Didier, la plupart du groupe est repartie. C’est incroyable ! Finalement certains cyclos ont deux voitures d’assistance cela leur permet d’avoir un ‘’coup d’avance’’ pour bien se placer. Je repars le plus vite possible sans prendre de quoi me mettre une épaisseur de plus pour la nuit.
La course poursuite recommence. Je chasse pendant 5 km et reviens dans le groupe de tête. Ouf ! J’espère ne pas laisser trop de jus dans ce type d’exercice. Heureusement que j’ai fait beaucoup de fractionnés en préparation.
Les jambes répondent toujours impeccablement bien et les pulses redescendent rapidement. C’est impeccable !

Fougères ➜ Tinténiac (54km) Lundi ➜ 4ème étape

Le peloton a gardé son rythme de croisière, il y a encore quelques accélérations mais beaucoup moins nerveuses. Nous sommes revenus sur Andreas. Nous approchons de Tinténiac un peu plus sereinement. L’arrêt est plus ‘’cool’’ et nous repartons ensemble ; nous sommes environ une quarantaine. J’ai pu mettre une couche de plus sur le dos, heureusement car la température est descendue à 4°C.

Tinténiac➜Loudéac (85km) Lundi ➜ 5ème étape

Au prochain pointage, il fera jour. C’est super, je me sens très bien, je n’ai pas ressenti de fatigue. C’est passé comme une lettre à la poste ! Nos amis italiens sont très en forme, ils remettent des accélérations et Andreas repart tout seul. Nous le laissons partir.
Je fais un point dans le peloton et là, je vois Marko Baloh, un Slovène qui a fait plusieurs fois La Race Across America (RAAM) qui est une course cycliste qui traverse les Etats Unis de la Côte Ouest à la Côte Est (4800km). J’avais mémorisé son numéro de plaque pensant qu’il reviendrait sur nous en partant seulement 15 minutes après notre groupe.
Les choses deviennent sérieuses. Le groupe s’organise et chacun (la plupart) passe des relais. Nous revenons sur Andréas rapidement.
Nous arrivons au contrôle à Loudéac. Je change mes bidons et prends de quoi me restaurer, c’est impec ! Tout se déroule pour le mieux. Nous repartons tous ensemble ou presque.

Loudéac ➜ Carhaix (76km) Lundi ➜ 6ème étape

Je me sens en pleine forme. Je vois que certains cyclos commencent à accuser le coup car il y a des séries de monts qui s’enchainent, ils sont très rapprochés et le pourcentageest très important. Un vrai plaisir car les jambes répondent bien. Nous arriverons bientôt à Carhaix et je me dis que le plus gros avant Brest va bientôt être passé. J’ai vraiment de bonnes sensations, tout va pour le mieux.
A 15 -20 km avant d’arriver à Carhaix, je sens que la roue avant se dérobe. Je regarde, je ne vois rien, je la lève en tirant sur mon guidon et je constate que c’est une crevaison lente. Je suis obligé de m’arrêter et de laisser partir mes compagnons de route. Il reste une quarantaine de cyclos dans le peloton. Maintenant, je dois changer ma chambre. Et Merde !!
Le temps de la changer et de repartir, j’ai perdu au moins 15 à 20 minutes. Les jambes ne répondent plus, le rythme est cassé. Je me remotive, je vais rouler en essayant de garder ma vitesse de croisière autour de 28-30 km/h en pensant qu’un groupe finira bien par revenir sur moi.
Après quelques km, un motard officiel arrive à ma hauteur et m’informe que le prochain groupe est très très loin. Donc, je décide de faire un arrêt ‘’cool’’ à Carhaix au prochain contrôle et attendre un groupe car je ne souhaite pas être en chasse-patate avant d’arriver à Brest.
Arrivé à Carhaix, je vais au contrôle et me restaure ‘’tranquillement’’. Didier gonfle mon pneu et nous vérifions l’état des 2 pneus avant de repartir. Nous retirons une dizaine de silex. Didier et Emilie sont placés admirablement bien, nous pourrons voir les cyclos arriver et repartir. Ça me permet de partir avec le premier groupe de 5 cyclos arrivés à Carhaix.

A Carhaix, vérification des pneus

le ravito préparé par Emilie et Didier

Carhaix ➜ Brest (89km) Lundi ➜ 7ème étape

A la sortie de Carhaix, nous nous organisons, les relais sont efficaces et bien menés. Dans le groupe, je retrouve un cyclo avec lequel j’avais fait le BRM200 de Chartres, un bon rouleur. Nous nous connaissons bien car 200 km à deux, dans le vent et sous la pluie, on apprend à connaitre l’autre.
Nous avons un vent de face qui ne nous permet pas de ‘’souffler’’, nous sommes toujours en prise. Les relais sont appuyés et nous ne tardons pas à revenir sur quelques petits groupes à l’approche du Roc Trevezel (les Mons d’Arrée) qui se trouve à 35 km de Brest.
Le Roc Trevezel, je l’avais noté sur mon roadbook comme une partie à ne pas prendre à la légère. Il ne fait que 380 mètres d’altitude, mais la montée est longue et est souvent agrémentée d’un vent de face. C’est vraiment le cas aujourd’hui.
Ah ! Elle arrive ! Nous apercevons la rade de Brest, c’est vraiment magnifique avec le soleil qui pointe dessus. Nous passons (voir la photo ci-dessous) l’embouchure de l’Elorn et Brest nous ouvre ses portes. Pour arriver au contrôle, nous avons une dernière bosse qui fait mal à tout le monde car, quand on croit que c’est fini, il y en a encore.
Je retrouve Didier et Emilie au parking à vélo pour le ravito. Ils ont tout préparé, j’ai juste à me servir, c’est good. Le pointage est beaucoup plus cool. Nous prenons le temps de nous restaurer et d’un commun accord, nous décidons de repartir ensemble.
Finalement, ce n’est pas compliqué nous repartons dans l’autre sens. Mais curieusement, le vent n’est pas favorable.

Elorn juste avant Brest

Sur le parking à Brest, prêt à repartir

Brest ➜ Carhaix (83km) Lundi ➜ 8ème étape

La sortie de Brest se fait à un bon rythme, nous sommes sur le retour et l’impression de voir bientôt le château de Rambouillet donne des fourmis dans les jambes à certains. Mais nous sommes seulement à la moitié de notre périple et il ne faut pas se laisser dépasser par ses émotions. Dès la sortie de Brest, les hostilités commencent par une belle montée vers Sizun, la côte est longue et certains commencent à ressentir les km dans les jambes. Comme nous sommes dans l’autre sens, nous devons reprendre le Roc Trevezel, ça devient dur et le groupe s’éclate. Nous nous retrouvons à 3. Nous commençons à croiser des cyclos du PBP qui font route vers Brest. C’est sympathique et ça donne un coup de boost.
Nous arrivons à deux à Carhaix où il y a énormément de monde. Nous nous restaurons rapidement et préparons nos vêtements pour la nuit car à la prochaine étape, il fera nuit. Nous repartons à 2, le troisième compagnon de route n’est toujours pas arrivé. C’est parti !!

Juste avant de partir

Carhaix ➜ Loudéac (90km) lundi ➜ 9ème étape

Nous faisons cette étape à deux et roulons à bon train en essayant de garder la moyenne car c’est une étape vallonée. Nous croisons un flux constant de cyclistes, je reconnais les gens du club de Flins, c’est sympa. Leurs encouragements nous forcent à appuyer plus fort sur les pédales. Je repars dans mes calculs afin d’évaluer mon heure d’arrivée à Rambouillet et je pense que les 50 heures sont encore accessibles car je souhaite vraiment arriver avant la nuit.
Nous arrivons à Loudéac. Il y a une foule impressionnante, nous avons du mal à trouver une place pour garer nos vélos et il est très difficile de se rendre au contrôle. Je perds mon compagnon de route dans cette foule et donc, je décide de l’attendre près de son vélo.
Emilie m’informe où se trouve Didier afin que je puisse me rendre à la voiture pour me restaurer et me préparer pour la seconde nuit. Je me sens très bien et prêt à passer cette nuit à refaire la fête sur mon vélo.

Loudéac ➜ Tinténiac (86km). Mardi ➜ 10ème étape

Nous partons de Loudéac pour nous enfoncer dans la campagne profonde de la Bretagne en essayant de garder un rythme constant. Je prends de longs relais et surveille notre moyenne régulièrement. Mon objectif est toujours le même : arriver autour des 50 heures à Rambouillet.
En pleine campagne, à une dizaine de kilomètres avant Tinténiac, mon compagnon de route a un gros coup de barre. Impossible, il ne peut plus pédaler. On s’arrête environ 45 minutes ou peut-être plus afin qu’il puisse se restaurer et se reposer. A plusieurs reprises, il me demande de le laisser et de partir avec les groupes qui passent devant nous. Mais impossible pour moi de laisser quelqu’un dans la nature en grande fatigue.
Pendant ce temps, Didier s’inquiète de notre retard. Il nous avait pointé au contrôle de Loudéac dans les 30 premiers et quarante cyclos sont déjà passés sans l’ombre d’un maillot de l’UVO. Il m’appelle, me demande si nous avons un problème car nous devrions être arrivés depuis plus d’une heure.
Nous repartons doucement pour arriver au contrôle de Tinténiac à 3h20 du matin. Je laisse le temps à mon compagnon de route de se refaire la cerise et nous repartons. Didier n’ose même plus nous donner notre position et il pense que notre arrivée à Rambouillet devrait être vers 20h30 – 21 heures.

Tinténiac ➜ Fougères (54km) Mardi ➜ Km Total 923km ➜ 11ème étape

Nous repartons en pleine nuit et je commence à faire mes comptes en regardant mon roadbook scotché sur la barre centrale de mon cadre en informant mon compagnon de route. Après un rapide calcul, je l’avise que nous pouvons toujours espérer finir autour des 50 heures et là, il me dit :"non c’est impossible". Je lui donne plus de détails, mais je comprends rapidement qu’il ne pourra pas suivre. Il préfère rouler un ton en dessous pour se préserver. Il me demande de partir. Nous revenons sur un petit groupe et je décide de partir seul en le laissant avec les autres cyclos.
Je fais un point de la situation en roulant, mon compteur m’annonce 945km et donc je pars seul pour 280 km. Je décide de me faire des challenges étape par étape avec une heure d’arrivée à chaque contrôle avec un minimum de temps à y passer. J’appelle Didier et l’informe de la situation en lui donnant des précisions sur le déroulement du prochain contrôle.
Je suis motivé, j’ai la hargne, je relance à chaque fin de côte et même sur le plat. Les jambes réagissent bien, je n’ai mal nulle part et les sensations sont bonnes. Je réussis à rattraper une bonne dizaine de cyclos avant d’arriver à Fougères. Je passe rapidement le contrôle et prends juste le temps d’engloutir deux cuillères à soupe de pâtes et je repars.
Super l’assistance ! En moins de 10 minutes j’ai pointé et me suis restauré. Je remonte dans le classement. Avant de repartir, je demande à Didier de m’acheter des croissants sans beurre… et oui, j’ai une furieuse envie de croissants. C’est incroyable car je n’en mange jamais et je n’aime pas ça !

Fougères ➜ Villaines-la-Juhel (89km) Mardi matin ➜ 12ème étape

Je repars seul et toujours motivé en pensant que je suis sur une petite sortie du dimanche matin. Le jour est levé et le soleil commence à chauffer, ça fait du bien. Dans certains croisements je ne trouve pas de flèche, heureusement que mon Garmin fonctionne à merveille. J’ai la hantise de ne pas prendre la bonne direction et de perdre du temps. Je garde un bon rythme tout en faisant des accélérations pour garder la pêche. Je pense que je devrais assurer les 50 heures, mais il ne faut pas perdre trop de temps dans les contrôles. Je décide de courir aux prochains contrôles.
Pour l’instant et après deux nuits sur le vélo, le sommeil ne me manque pas. C’est incroyable, je n’ai même pas un coup de mou, pourvu que ça dure !!
J’arrive à Villaines-la-Juhel dans les temps. Je vois Didier et Emilie prêts à me passer de nouveaux bidons et me donner de quoi m’alimenter. Ils sont devenus de vrais pros, tout est prêt pour faire face aux imprévus. Ils ont pris le temps d’acheter des croissants, j’en mets deux dans ma sacoche de guidon pour les ‘’déguster’’ sur mon vélo en cours de route.
Après avoir fait mon "petit footing" pour me rendre au contrôle, je repars seul pour la prochaine étape.

Changement d’étape sur mon Garmin

Villaines-la-Juhel ➜ Mortagne-au-Perche (85km) Mardi matin ➜13ème étape

Je suis seul dans la campagne, je rattrape plusieurs petits groupes de cyclos au fur et à mesure des kilomètres. Un anglais m’accompagne quelques temps, mais malheureusement il me laisse partir sans avoir pris un relais. C’est une étape de transition qui me parait ‘’assez courte’’ où le vent n’est pas mon allié.
Après Mamers, à la sortie de Suré, je vois au loin trois cyclos qui s’apprêtent à sortir d’un garage, mon attention est captée par leur communication gestuelle. En arrivant à leur niveau, je découvre un petit panneau où le propriétaire mentionne : si vous voulez dormir, si vous avez faim, si vous avez soif, arrêtez-vous ici, c’est gratuit ! En passant, je jette un coup d’œil dans le garage, et effectivement, il y a des matelas par terre. C’est vraiment sympa, j’adore ce genre d’initiative ; il n’y a rien à gagner, tout est dans le plaisir de partager, d’échanger et d’aider les forçats de la route du PBP dans leur quête d’aventure.
Je suis heureux d’arriver à Mortagne qui me donne l’impression d’être presque à la maison.
Une pause très courte et je repars.

Mortagne-au-Perche ➜ Dreux (77km) Mardi➜14ème étape

A partir de maintenant, je connais parfaitement la route pour l’avoir repérée en février et juillet cette année pour préparer le PBP. Je me remémore ces entrainements seul où mon ultime but était de faire plus de 200km à 30km/h de moyenne.
Je repars de Mortagne"à donf" et plus motivé que jamais. Je sais que je vais avoir plusieurs côtes à gravir avant de quitter le Perche, je les ai bien en tête et j’attends avec impatience la dernière difficulté de cette étape qui se trouve à Longny.
Je viens de passer Longny sans problème où des spectateurs sur le bord de la route ont sorti des banderoles et tapent sur de vieilles casseroles pour m’assurer un tempo. C’est vraiment sympa, ce sont des moments inoubliables ! Maintenant, j’ai dans mon viseur Senonches et le chronomètre sous les yeux (mon Garmin) qui me boost.
Après une dizaine de kilomètres à la sortie de Senonches, je vois au loin un cyclo qui n’amuse pas le terrain. Je me donne l’objectif de le rattraper avant Dreux.
J’essaie de prendre la position d’un poursuiteur en repensant aux entrainements de cet hiver à la piste de St Quentin. Je réajuste régulièrement ma position, je fais attention à mon pédalage, je relance à chaque fois la machine quand c’est nécessaire, je suis concentré sur mon compteur pour garder une vitesse constante, je vérifie ma cadence de pédale qui doit se trouver entre 85 et 93 t/mn et je surveille mon cardio pour ne pas me mettre dans le rouge. Ça roule presque tout seul !
Après environ 15 kilomètres de chasse, j’approche de mon objectif et plus je m’approche de ce cyclo et plus je me dis que je connais ce coup de pédale et cette position. Effectivement, c’est Andreas, le cyclo qui mettait des mines au début de PBP. C’est incroyable de le retrouver à une dizaine de kilomètres de Dreux.
J’arrive à sa hauteur, nous échangeons quelques mots et nous fonçons vers Dreux. Je dis foncer car nous roulons à plus de 40 km/h avec des pointes à 45 et pourtant, le vent n’est pas favorable. Les relais sont appuyés sans en garder sous la pédale avec une harmonie parfaite digne d’un métronome.
Nous passons les ronds-points de Dreux à pleine vitesse pour arriver au contrôle dans les temps.
J’étais tellement dans mon trip que je ne pensais plus aux copains du club qui, comme à chaque PBP, se retrouvent à Dreux pour nous encourager. Quelle émotion de retrouver ces têtes connues qui partagent avec nous ces grands moments de bonheur. Un bonheur et une émotion qui peuvent vous exploser le lobe pariétal du cerveau (partie arrière supérieure du cerveau ‘’la région du bonheur’’).
Pour me ‘’dégourdir’’ les jambes, je cours au contrôle pointer mon carnet de route. De retour au parking à vélo, Didier et Emilie sont prêts à me ravitailler. Mais pour la dernière étape, je fais signe que je ne prends rien.
Vincent me demande d’avancer pour prendre une photo à côté de la banderole. « Mais que fais-tu là Vincent, tu devrais être sur ton vélo » ? Il me répond d’un petit signe de la tête qui signifie « je t’expliquerai plus tard ». Je suis triste pour lui, j’aurais tant aimé partager nos histoires de PBP aux soirées de l’UVO.
Pas le temps de s’attendrir, je repars aussitôt avec Andreas en direction de Rambouillet.

Au contrôle à Dreux juste avant de repartir vers Rambouillet

Dreux ➜ Rambouillet (44km). Mardi ➜ la dernière étape la 15ème➜1225 km

Nous sortons de Dreux assez rapidement pour nousretrouver dans la campagne, accompagnés de Serge Duhaubois et de Pascal Boulez. Ils nous suivent à quelques mètres derrière pour ne pas nous compromettre au vu de la règlementation du PBP au risque de nous faire déclasser. J’échange quand même avec Serge quelques mots sur le déroulement du PPB. Serge me répète à plusieurs reprises « c’est incroyable, tu n’as pas dormi ! » Je suis tout aussi surpris que lui, je ne ressens rien et toujours en pleine forme ainsi qu’Andreas.

Les derniers kilomètres sont tellement chargés d’adrénaline que nous les avalons sans s’en apercevoir. Sur la route de Prouais, juste avant d’arriver au carrefour des Pinthières, une voiture nous dépasse : c’est Vincent et Daniel qui nous encouragent. Plus loin Stéphane Schweitzer nous mitraille avec son appareil photo grand zoom pointé sur nous et un peu plus loin, Stephan Kussener sur son scooter à 3 roues (à l’image des grands Tours) nous fait de grands gestes d’encouragement. Une dizaine de kilomètres après, une voiture blanche nous dépasse et là c’est Jacky qui me demande si je parle l’italien maintenant, et nous envoie des messages de félicitations. Cette dernière étape est grandiose. Andreas n’en revient pas de cette générosité spontanée et de cette joie que l’on voit à travers ces visages marqués d’émotions qui nous transpercent et nous hérissent les poils.

Nous retrouvons tout au long du parcours les copains de l’UVO qui nous acclament et Stéphane toujours à la recherche des bons coins pour faire de bonnes photos, nous mitraillera jusqu’à l’arrivée de Rambouillet.

Nous passons Poigny la Forêt, les jambes et le reste du corps continuent à répondre présent, c’est la joie, nous sommes presque arrivés.
Rambouillet est en vue, nous arrivons sur les pavés ce qui signifie que la balade est bientôt finie. Maintenant, il est temps de se relâcher et de savourer ces derniers kilomètres.
Nous approchons du parc, je vois Emilie, Sylviane et Didier nous faire de grands gestes pour nous indiquer la route - ou plutôt le chemin - à prendre pour nous diriger vers la ligne d’arrivée. Un dernier coup de pédale et nous passons sur le pointage électronique. Ça y est, c’est fini !


Nous arrivons sur la ligne d’arrivée avec les acclamations des membres l’UVO qui sont venus en renfort célébrer cette belle aventure. Maintenant, il me reste à apposer le dernier tampon et ça sera complètement fini.
Vincent m’a pris en main dès la ligne d’arrivée, m’informe où se trouve le parking à vélo et où je vais pouvoir me restaurer.
Waouh, j’ai le tampon sur mon carnet de route et la remise de la médaille par les sympathiques et généreux bénévoles du PBP. Un grand merci à eux pour cette belle organisation, car sans eux, rien ne pourrait se faire. On m’annonce que je suis le 30ème cyclo à franchir la ligne, ou le 29ème si l’on considère que le premier arrivé est un participant équipé d’un vélomobile, une sorte de vélo couché recouvert d’une coque qui a réalisé le temps de 43h49. Des bombes ces engins, ils nous dépassent dans les descentes à 90 -100 km/h. Finalement, j’ai du mal à connaitre ma place réelle (entre 25 et 32 – 33) car elle varie suivant les personnes qui m’en informent. Ça n’a pas d’importance, le but c’est du prendre du plaisir et de le partager. Je verrai ça plus tard !

Ma médaille et mon ticket restaurant à la main.

Il est temps maintenant de me restaurer et d’échanger les bons moments de ce PBP avec toutes les personnes qui se sont regroupées autour de la table, c’est la fête ! Au dessert, Vincent m’offre une bouteille de champagne à l’effigie du PBP sur laquelle il y a une photo du départ du BRM 600 – 2019 à Andrésy. Merci Vincent, c’est sympa !

Bilan de mon PBP

Satisfait et heureux d’avoir terminé cette épreuve mythique sans aucun bobo et être arrivé à Rambouillet en pleine forme.
- D’être arrivé dans les temps que je m’étais fixé malgré les aléas survenus tout au long du parcours.
- D’avoir passé sur le vélo deux nuits sans problème.
- De réaliser environ 250 km seul et d’avoir gardé la même motivation tout au long des 1225 km.
- Et enfin, d’avoir partagé ces grands moments de bonheur avec tous les fêlés du vélo qui ont participés à cette belle aventure.
Quand j’ai atterri le mardi après-midi à Rambouillet, j’ai eu l’impression que ces deux jours n’en faisaient qu’un. J’ai mis ma tenue de coureur le dimanche après-midi 2 heures avant le départ et je ne l’ai quittée seulement le mardi en fin de journée une fois arrivé à la maison (qui se trouve à 20km de Rambouillet).

Quel que soit le résultat, c’est avant tout un défi personnel et un grand moment de partage.
Un très grand merci à Emilie et Didier pour l’assistance et les deux nuits sans sommeil. Merci à toutes celles et ceux qui m’ont soutenu avant, pendant et après ce challenge.

••• P.P