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Une journée de merde

Première tentative

Au vu de la météo annoncée pour ce samedi 5 février, je ne m'attendais pas à voir grand monde au Pré Romain, d'autant que la liste d'inscrits sur le site privé était déjà bien maigre... je suis donc parti en solo dès que j'étais prêt, vers 8h30. J'étais décidé à faire le circuit au programme, à savoir le 20N, renseigné pour 84 km et 1000 m de D+. Départ sous une pluie fine qui me rappelle que les prévisions météo ne sont pas toujours erronées. Le qualificatif "éparses" me laissait cependant l'espoir d'une amélioration possible au gré des kilomètres.

A l'entrée de Boissy, je sens mon vélo comme freiné d'un seul coup. Comme j'avais changé mes patins de freins AR suite à la sortie arrosée du WE précédent, mon attention se fixe sur l'étrier arrière. RAS (comprenez "rien à signaler" – "RAS" le bol viendra plus tard). J'essaye de faire tourner la roue manuellement... rien à faire, ça bloque. Je me dis que peut-être l'axe de roue s'est une peu desserré et que la roue de biais frotte sur le cadre. Ma main s'approchant de l'axe à blocage rapide, quelle ne fut pas ma surprise de constater que la patte côté dérailleur était cassée aux jonctions avec les bases et haubans. Fin de sortie au km 7, j'appelle mon taxi personnel et je rentre donc à la maison. Entre Garancières et Béhoust, nous croisons 3 courageux G2 (Pascal et les deux Thierry), partis à 9h du Pré Romain. Je me dis que la sortie UVO reste peut-être accessible.

Patte cassée… vers une réparation en titane, ou est-ce un privilège présidentiel ?



Seconde tentative

Arrivé chez moi, ni une ni deux, je décroche le mulet du HT, j'y transfère tout ce qui doit l'être (loupiotes, trousse à outil, trousse à masque/gel/batterie de secours, bidons, Garmin) et me voilà reparti. Je repars néanmoins sagement en me disant d'une part, qu'il n'est pas gagné du tout que je rattraperai les 3 G2 qui doivent bien avoir 15-20 minutes d'avance sur moi, et d'autre part, que je dois d'abord tester la fiabilité du mulet qui n'a connu que le clou et le HT depuis un an et demi. Et surtout, que les 1000m de D+ qui s'annoncent obligent à une gestion raisonnable de l'effort. Les sensations sont bonnes, la pluie s'estompe progressivement, je suis motivé, la sortie va bien se passer. J'essaye d'évacuer de mes pensées les emmerdes à venir pour réparer mon Time.

Arrivé dans la petite grimpette de Crespières, crevaison. Enfin... explosion devrais-je dire. A plat en un quart de seconde. Les autochtones ont du croire à une fusillade… Je m'arrête, j'enlève le pneu, mais la chambre reste coincée au niveau de la valve, comme collée au trou de la jante. Je profite d'un poteau "protège-piéton" sur le trottoir (que j'occupe à moi tout seul) pour faire pression sur la pipette (valve en belge) et enfin arriver à décoller la chambre de la jante. Chambre qui en deviendra irréparable, l'opération ayant bousillé la trûtchette de la pipette (l'extrémité mobile de la valve si vous préférez). Je regonfle néanmoins la chambre pour trouver le trou, mais l'air en sort aussi vite qu'il n'y rentre. Normalement, dans ces cas-là, ce n'est pas un trou qu'on cherche, mais un cratère. Que nenni. Rien, je ne trouve rien. Je passe mes doigts dégantés sur le pneu déjanté, pareil, rien. Pas un pauvre silex que je pourrais culpabiliser d'avoir interrompu ma tentative de rattraper les copains. Tant pis je remonte, on verra bien, ce ne sera pas la première fois que je suis dépassé par les subtilités techniques d'un vélo. Quelques cyclos me demandent au passage si j'ai besoin d'aide, mais je les remercie poliment. Je sais quand même remonter une chambre ! Après une dizaine de minutes d'arrêt, je jette ma chambre étêtée dans une poubelle publique, et je repars, croyant en ma bonne étoile. Je fais 200 mètres, et là ... paaaafff. Re-explosion. Un élégant "chier" retentit en écho, faisant sursauter Crespières comme on retourne une crêpe à la chandeleur. Mea culpa. Je redémonte, je regonfle... pareil, impossible de gonfler, et trou introuvable. Un cyclo tout de jaune vêtu me propose son aide, que cette fois-ci j'accepte, afin qu'il "sente" la fuite en passant la chambre sous son nez rafraichi pendant que je pompe de l'autre côté. Il fait tout le tour, rien. Mais arrivé à la valve, "c'est là" me dit-il avec assurance, à la jonction avec le caoutchouc. Je ne vois trop rien, mais faute de grive… on croit le merle ! L'orifice de ma jante serait-il abrasif ? Il n'y a pas de fond de jante, et il n'y en a jamais eu. Je me dis qu'il faut bricoler une protection à cet endroit pour éviter une nouvelle explosion. Mon compagnon d'infortune sort alors de sa poche un trousseau de clés, et avec l'une d'entre elle, il cisaille la chambre (que je tends des deux mains) pour en extraire un petit bout de quelques centimètres, dans lequel, toujours avec sa clé, nous ferons un petit trou (c'est le jour…) pour y faire passer la pipette. Cro-Magnon avant l'ère du couteau, t'as le look ! Juste anachronique ! Je le libère avant de m'imposer un second gonflage "manuel valv' " (Valls étant quant à lui parti construire des châteaux en Espagne). Il me reste une chambre de secours, donc en être raisonnable que je suis, je me dis qu'il est plus sage de rentrer à la maison que de continuer sur l'itinéraire 20N qui ne ferait que m'en éloigner plus encore. Je mets donc la flèche à gauche au feu de Crespières, direction Mareil-sur-Mauldre.

Face moi, un peloton de jeunes cyclos, encadrés par quelques adultes, descend à vive allure des Alluets. Je les laisse donc virer sagement, j'ai atteint mon quota d'emmerdes pour la journée. Enfin, le pensais-je… Je reprends ma route, prudent, à l'écoute du moindre bruit suspect. Le peloton de cyclos prépubères s'étant arrêté sur le côté pour effectuer le regroupement après la descente, je les double, sans fanfaronner. Avoir l'équivalent pondéral de deux ou trois de ces apprentis-cyclos n'autorise à aucune condescendance. D'autant que 100 mètres plus loin…. ppaaaafffff. Re-explosion. Arrêt instantané. Une fois de plus. Je traverse la route pour me réfugier sur l'aire d'une station que l'on dirait abandonnée. Bien que de marque Elan, elle en manque singulièrement, tout autant que moi désormais. Seule une vielle Citroën SM garée sous l'auvent m'attire l'œil - c'est vrai que cette sortie a tout d'une épreuve Sado-Maso…. En repartant, un des moniteurs du peloton de jeunes me lance un truc du genre "on a bien entendu là"… "troisième fois" lui lancerai-je, plutôt que de l'insulter - il me reste des relents d'éducation dans ce qui commence à ressembler à une persécution. La troisième et dernière chambre restera dans la poche : faire 100 mètres de plus n'arrangera en rien mon problème d'être immobilisé comme un con à 30 bornes de la maison. Je vais donc, pour la seconde fois de la matinée, faire appel à l'équipe. Au bout du fil, mon interlocutrice accueille d'ailleurs avec un second degré non dissimulé les informations que je lui distille : "Ouii… un problème ?… et je dois aller où cette fois-ci ? …. Crespières ? ah… c'est pas à côté ça…. Bon j'arrive… envoie-moi les coordonnées". Ce que je ferai dans l'élan… Me voilà donc parti pour au moins 30 minutes exposé au vent du nord sur le plateau de Crespières. Je n'ai pas chaud, et je gamberge sur cette sortie. J'envoie un Whatsapp à Patrick qui, sur son vélo, me répond quasiment dans l'instant (il devait avoir l'autre main occupée à enlever son gore-tex, manger un bout et ranger sa sacoche de guidon). Il a un Time aussi, et l'ayant vu à l'œuvre sur un BRM600 mémorable où mon dérailleur s'était coincé dans un rayon, je me dis qu'il ne peut que me "bien conseiller".

Mon mulet manque d'élan aujourd'hui….


Epilogue

J'arriverai chez moi vers 12h30. Quatre heures, et 34 km de vélo cumulés sur deux tronçons, avec deux vélos différents… inefficace bigamie. Va falloir inventer le G20 – le group des vain…cus. Après un déjeuner familial où on n'aura pas à se creuser pour trouver le sujet de conversation, je redémonte la roue arrière du mulet pour essayer de comprendre ce qui a bien pu se passer avec ces trois explosions. Un vrai castex chinois comme dirait notre premier ministre face au COVID. Moi, comme au Cluedo, j'ai pour résoudre l'énigme du jour une chambre dans une poubelle de Crespières, une autre cisaillée en deux dans ma poche, et la troisième crevée toujours sur la roue. Qui a tué le cyclo ? Je sors celle du pneu, la gonfle et la plonge dans un seau d'eau afin d'identifier le trou. Par ailleurs je pince dans un serre-joint les deux extrémités de la chambre cisaillée afin de pouvoir la regonfler également. Bonne nouvelle, les trous ne sont pas au même endroit par rapport à la valve, indiquant qu'il ne s'agit pas d'un problème récurrent lié à un défaut de la jante. J'en resterai là dans mes interprétations, je ne suis pas du métier. Je remonte un autre pneu (je reconnais que l'ancien n'était pas tout neuf – pléonasme, mais vous avez compris ce que je veux dire), et une nouvelle chambre. Je colle une rustine sur l'autre (la percée, pas la cisaillée…. belge, mais quand même…), car cette journée se solde par une baisse significative de mon stock de chambres.

Au fait, il existe un vaccin contre les problèmes de vélo ?

••• Vincent Goffin, le 5 février 2021